Petite visite dans le seul musée du pénis au monde

 

En Islande, il n’y a pas que les volcans, les geysers ou les légendes des trolls qui vaillent le détour. Depuis 1997, le pays accueille un musée unique en son genre : celui du phallus. Il se dresse aujourd'hui de tout son long dans le centre-ville de la capitale Reykjavik.

Son impressionnante collection a fait la célébrité de son fondateur qui se passionne depuis son plus jeune âge pour l’étude des pénis.

Sigurður Hjartarson a toujours collectionné les phallus. De hobby alors qu’il était encore proviseur de lycée, cette passion se concrétise en 1997 dans une institution unique en son genre. Grâce à l’obtention d’une bourse de 200 000 couronnes islandaises (1 300 euros), le Musée Islandais de la Phallologie (l'étude des pénis de mammiféres) ouvre ses portes en août de cette année.

Malgré la bienveillance de nombreux Islandais à l’égard du projet, pendant des années le musée se maintient difficilement à flot. En 2003 il n’accueille que 5 200 visiteurs par an et Sigurður peine à couvrir ses frais de gestion. Une fois à la retraite, fauché, il tente de vendre puis propose d’offrir gracieusement sa collection à la ville de Reykjavik.

Faute de repreneurs, l’homme est obligé de délocaliser son musée à Husavik, petit village de pêcheurs dans le nord du pays. Là, il ouvre un restaurant en plus du musée, et fait construire un monument à l’image du projet. Une énorme sculpture de phallus en bois en signale alors l’entrée.

En 2012, Siggi (son surnom) lègue sa chère collection à Hjörtur Gísli Sigurðsson, son fils. Coup de buzz, celui-ci invite l’équipe islandaise de handball récemment médaillée d’argent aux J.O de Londres sur place. Il moule alors leurs sexes dans de l’argent et en fait une sculpture intitulée The Icelandic National Handball Team. La nouvelle tape alors dans l’œil de la presse internationale.

Fort de sa notoriété naissante, le musée déménage à nouveau pour la capitale. À Reykjavik, il ouvre sur Laugavegur, célèbre artère commerciale, où il prospère depuis. Aujourd’hui, ce sont près de 11.000 personnes qui viennent chaque année dans le musée phallologique islandais.

Au numéro 116 de la rue Laugavegur, rien ne distingue le musée du phallus d’une simple clinique dentaire. Seule la devanture opaque, et l’écriteau gris qui surplombe la porte d’entrée, laissent présager que dans ce local d’un genre particulier, on n’a pas pratiqué de plombage depuis longtemps. Car si la vitrine ne paie pas de mine, une fois à l’intérieur, la chose est un festival de pénis.

Attention toutefois, le musée du phallus n'a rien d'un sex-shop. Ici point de sex-toys ni de vidéos coquines aux titres évocateurs. On vient ici pour se marrer, pour jeter un œil à l'impressionnante collection de Siggi et pour rapporter un porte-clef pénis de tortue à ses potes restés en France. D'ailleurs, il suffit de passer quelques heures dans le musée pour comprendre que la population n'a rien d'une bande de pervers sexuels en manque d'ébats. On visite avant tout le lieu en groupe, entre potes ou en couple pour voir d'un peu plus près ce musée surréaliste. 

Le but du musée reste le même que lors de son ouverture : rassembler les parties génitales de l’ensemble de la faune islandaise et promouvoir la très sérieuse phallologie. Vieille de 25 ans, la discipline – selon le site internet de l’institution – est en effet toujours à la recherche de ses lettres de noblesse.

On y retrouve des objets traditionnels (plus de 300) ainsi que 217 phallus de provenances très différentes recueillis grâce à l’aide de nombreux sympathisants. On y croise les membres de cétacés, de mammifères terrestres, de phoques et même, précise t-on, d’un ours, tout ça conservés dans du formol. Le sexe humain fut le dernier à rentrer dans ce curieux cabinet des "onze mille verges" !!

En février 2011, on apprenait que ce manque avait finalement été comblé. Jonah Bekhor et Zach Math, réalisateurs, ont documenté dans The Final Member ce moment charnière de l’histoire du musée.

Faire entrer un sexe humain dans un musée, ce n’est pas si simple. La loi, le manque de volontaire ont longtemps empêché Siggi d’achever l’oeuvre de sa vie.

Ce rêve vieux de 15 ans, il le touche enfin du doigt en 2012. Après des années de prospection, le collectionneur se retrouve en effet face à un choix cornélien. Deux hommes lui offrent leurs pénis : d’un côté Páll Arason, iconoclaste ami du curateur qui lui lègue son sexe à titre posthume ; de l’autre Tom Mitchell – patriote américain – prêt à se faire émasculer de son vivant pour le bien de la collection !

Finalement, ce fut le pénis de l'Islandais de 95 qui fut retenu, Siggi a bien entendu imposé un certain nombre de conditions pour le don de pénis. "Il faut avant tout signer un document légal, qui sera co-signé par 3 témoins, et avoir un pénis de "taille réglementaire", c'est-à-dire un pénis de plus de 12,5 cm", a révélé le Daily Beast.

Dans le passé, Siggi Hjartarson s'était déjà vu offrir le pénis d'un homme de 95 ans mais n'avait pas réussi à le conserver. "J'aurais peut-être dû le mettre dans du vinaigre avec un peu de sel pour une meilleure conservation", a confié Hjartarson.

 

Pour l’anecdote, comme le raconte le documentaire The final member, pour être choisi, Tom Mitchell n’avait d’ailleurs pas hésité à se faire tatouer un drapeau américain sur le prépuce, en prévision de son don postmortem. Un douloureux sacrifice qui ne lui aura pourtant pas permis de figurer dans la collection de Siggi.


Informations pratiques :

Adresse : LAUGAVEGUR 116, REYKJAVIK, ISLANDE

Il est ouvert de 10 h à 18 h du 1er mai au 30 septembre et de 11 h à 18 h du 1er octobre au 30 avril.

Entrée : 8€



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