Le changement climatique menace les sites du Patrimoine mondial de l'UNESCO

Le changement climatique est en train de devenir l’une des principales menaces pour les sites du patrimoine mondial, un rapport répertorie 31 sites présentant un large éventail des maux liés au réchauffement planétaire.

Venise et sa lagune, les îles Galapagos et leur inestimable biodiversité, le parc national Yellowstone et la statue de la Liberté aux Etats-Unis ou la forêt impénétrable de Bwindi, habitat naturel des gorilles en Ouganda : tous ces sites du patrimoine mondial de l’Unesco sont vulnérables, menacés par le changement climatique.

 

 

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Un nouveau rapport intitulé "Patrimoine mondial et tourisme dans le contexte des changements climatiques"  publié (en anglais) par l’UNESCO, le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), et l’Union of Concerned Scentists (UCS) recense 31 sites naturels et culturels du patrimoine mondial répartis dans 29 pays qui sont exposés à des hausses de températures, à la fonte des glaciers, à  l’augmentation du niveau des mers, à une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, à des sécheresses plus marquées et à un allongement de la saison des incendies.

«Nous devons mieux comprendre et contrôler les menaces que fait peser le changement climatique sur les sites du patrimoine mondial dans le monde afin de mieux y répondre ,  a déclaré Mechtild Rössler, Directrice du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO. «Le rapport montre à quel point il est important d’atteindre l'objectif contenu dans l’Accord de Paris – qui vise à contenir la hausse de la température mondiale en-dessous du seuil de 2 ºC - afin de protéger le patrimoine mondial pour les générations actuelles et à venir". 

«C’est la première fois que nous regroupons dans un même texte des informations sur des événements passés", explique Adam Markham, un des auteurs du rapport et directeur adjoint climat et énergie à l’UCS. "Auparavant, on évoquait surtout les effets potentiels du changement climatique sur les sites du patrimoine mondial. Aujourd’hui, la plupart des choses que nous présentons sont déjà arrivées : ce sont autant de preuves que le changement climatique a déjà causé des effets».

 

31 sites répertoriés, une liste non exhaustive 

 

Si trente et une études de cas sont présentées dans ce document, de nombreux autres sites parmi les 1 031 de la liste du patrimoine mondial sont concernés. «La liste des trente et un est loin d’être exhaustive", développe Adam Markham. "De nombreux autres sites auraient pu être choisis, comme les Everglades ou le parc national de Glacier aux Etats-Unis. Nous avons fait des choix pour présenter des lieux tant naturels que culturels, et affichant des menaces climatiques de tous types».

Hausse des températures de l’atmosphère et des océans, vents et pluies extrêmes, inondations, montée des eaux, les risques pour le patrimoine mondial sont multiples.

Au Mali, la grande mosquée de Djenné est particulièrement sensible à la hausse des températures et de l’humidité. La romantique Venise et sa lagune sont menacées par la montée des eaux de la mer Adriatique. La vieille ville côtière de Hoi An au Vietnam, déjà sujette aux inondations pendant la saison des pluies, est menacée par des tempêtes plus fréquentes, une érosion côtière et, là aussi, une montée des eaux. Le rapport analyse également l’impact du climat sur des sites touristiques emblématiques tels que Stonehenge (Royaume-Uni), et les Îles Galápagos (Equateur) – ou d’autres sites du patrimoine mondial, comme les Aires protégées de la Région florale du Cap (Afrique du Sud); Port, forteresses et ensemble monumental de Carthagène (Colombie) ou Shiretoko (Japon).

Le lagon de Nouvelle-Calédonie menacé

 

Un exemple français figure dans la liste : les lagons de Nouvelle-Calédonie. Ces paysages paradisiaques du Pacifique renferment une des plus grandes diversités d’espèces de coraux au monde. Selon le rapport, «les impacts climatiques, y compris l’augmentation de la température de l’eau et de l’acidification des océans sont maintenant les plus grandes menaces pour les récifs coralliens à travers le monde».

Claude Payri, océanographe à Nouméa et directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, nuance le rapport en mettant l’accent sur la multitude de menaces pour l’environnement calédonien :

«Les impacts climatiques s’ajoutent aux menaces locales qui pèsent déjà sur les récifs. Les activités humaines en général, dont l’exploitation minière du nickel, altèrent la santé de ces écosystèmes. Les eaux usées domestiques et industrielles, rejetées sans traitement adéquat, sont de vraies menaces pour les coraux, particulièrement sensibles à la qualité des eaux».

Ce que l’on observe en Nouvelle-Calédonie se retrouve ailleurs : de nombreuses menaces, anthropiques et naturelles, s’accumulent et mettent en danger les biens du Patrimoine mondial. Le 6 avril dernier, WWF poussait déjà un cri d’alarme, démontrant que 114 des 229 sites Unesco classés «naturels» ou «culturels-naturels» étaient menacés par des activités industrielles. 



Prise de conscience

 

En choisissant des sites mondialement connus, les auteurs du rapport veulent une nouvelle prise de conscience des populations et des gouvernements. «La menace qui plane sur les sites du Patrimoine mondial est imminente, il n’y a plus de temps à perdre", résume Adam Markham. "Il faut poursuivre les efforts entamés à Paris pour la COP 21, aller plus loin, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et élaborer une stratégie globale de protection des sites du Patrimoine».

D’autres recommandations sont dressées dans le rapport.

Certaines sont destinées aux décideurs politiques, d’autres au monde du tourisme. Pour Mechtild Rössler, directrice du Centre du patrimoine mondial de l’Unesco, l’industrie du tourisme présente une partie du problème. Mais elle peut faire partie de la solution. «Nous voulons sensibiliser toutes les parties : les Etats, les gestionnaires des sites et le monde du tourisme. Beaucoup de ces sites vivent grâce au tourisme. Mais ces sites sont menacés par cette activité. Conjointement, nous pouvons gérer les sites différemment, pour mieux les protéger».

 

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