Pour contrer Airbnb, Paris et Berlin encouragent la "délation" entre voisins

 

"Dénonce ton voisin et deviens copain avec la Mairie de Paris", cela pourrait être la tagline du site lancé par la municipalité parisienne pour lutter contre les locations illégales permises par les plateformes de locations saisonnières comme Airbnb. La capitale Parisienne emboîte le pas à Berlin qui vient de prendre une mesure identique.

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Depuis le 1er mai 2016, les Berlinois ne peuvent plus louer leur logement dans leur entier via Airbnb ou les plateformes équivalentes, à moins d’obtenir une autorisation de la mairie. Les habitants peuvent signaler eux-mêmes les contrevenants via un formulaire en ligne.

 

Civisme ou délation ? 

La question divise. De manière identique, la ville de Paris, via le site opendata.paris.fr, publie la liste des logements enregistrés auprès de la mairie par leur propriétaire, avec géolocalisation en prime, et permet aux voisins vigilants de dénoncer ceux qui ne le feraient pas. Les voisins pourront signaler les logements suspects aux services municipaux via un mail dédié, leur permettant de mieux cibler leurs contrôles, effectués inopinément.

 

À l’heure actuellement, seuls 126 logements en meublés touristiques (résidence secondaires) sont déclarés à la Mairie, toute plateforme confondue. La plateforme Airbnb réunit à elle seule, 60 000 logements, dont 90% sont des résidences principales (donc soumis au plafond des 120 jours/an), ce qui fait de la capitale française, la ville la plus visitée au monde sur le site.

 

Pour convaincre les récalcitrants, Mathias Vicherat, directeur de cabinet d’Anne Hildalgo, souhaite jouer sur leur esprit civique : « D’une certaine manière, cela peut exercer une pression, notamment via le syndic, où les voisins vont demander des comptes en demandant pourquoi cette personne qui n’a pas procédé à l’opération de mise en conformité continue à louer son logement ». Et de poursuivre : « On souhaite que cela provoque un espèce de choc de conscience de civisme, et que les gens se mettent en règle d’eux-mêmes, sans attendre d’être éventuellement signalés par un de leurs voisins ».

"Il ne s'agit pas d'un site pour dénoncer son voisin" nous explique-t-on, en référence à la nouvelle réglementation berlinoise, où la municipalité a décidé de partir en guerre contre les logements touristiques. Pour autant, la mairie de Paris assure que l'ouverture au public de ces données n'a rien de délateur.

Actuellement, louer son logement plus de quatre mois par an à des touristes sans le déclarer aux autorités est passible d'une amende de 25.000 euros en France.

Du coté Allemand, les mesures mises en oeuvre ne sont pas si différentes, en effet, les Berlinois qui repèrent une violation de cette nouvelle réglementation sont invités à le signaler via un formulaire mis en ligne sur le site de la mairie de Berlin. Elle compte ainsi sur l’implication de voisins excédés par le comportement parfois irrespectueux de ces locataires de passage. Sans cela, impossible pour la ville de contrôler les milliers de logements mis en ligne sur la plateforme californienne.

 

"Dans certains immeubles, on trouve plus de touristes que de locataires. Nous avons construit 12 000 logements neufs en 2015. Ce n’est pas pour qu’Airbnb réduise nos efforts à néant", plaide le secrétaire d’Etat au logement de Berlin, Engelbert Lütke Daldrup, estimant à 10 000 le nombre de logements qui ont ainsi été retirés du marché traditionnel.

Pénurie d’appartements et flambée des loyers, tels sont les maux que la mairie Berlinoise entend soigner. Pour les contrevenants, elle prévoit une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros ! Les touristes n'encourent, eux, aucune peine. Quant aux propriétaires, ils pourront toujours louer une chambre à l’intérieur de leur logement.

 

On constate que les deux capitales sont atteintes des mêmes maux et tentent d’éradiquer le phénomène Airbnb avec les mêmes armes, seront-elles suffisantes alors que les deux villes voient une fréquentation croissante des touristes internationaux ? 



[Actu] Au premier semestre 2017, les loueurs parisiens de meublés touristiques dont beaucoup passent par Airbnb, ont écopé de 615 000 euros d'amendes. Un chiffre multiplié par 13 par rapport à 2016 !

"L'explosion des condamnations et des amendes de ce premier trimestre 2017 ne montre pas qu'il y a plus de locations illégales", indique Ian Brossat, adjoint au logement d'Anne Hidalgo, "mais que les contrôles sont plus stricts et que les petits malins se font rattraper par la patrouille". "Une des raisons du boum des condamnations", décrypte t'on à la DLH (Direction du Logement et de l'Habitat), "c'est que le juge est plus sévère, il considère désormais que les gens sont informés de la loi. Avant, il y avait le bénéfice du doute, c'est terminé".

 

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