La moitié des sites naturels de l'UNESCO menacée par l'activité humaine

Selon un dernier rapport du WWF, 114 des 229 sites naturels et mixtes inscrits au Patrimoine mondial sont menacés par des activités industrielles néfastes. Concessions pétrolière, minière ou gazière, surpêche, exploitation forestière illégale, surexploitation des ressources en eau, infrastructures de transport ou de tourisme : les menaces sont nombreuses...

Répartis dans 96 pays du globe, les 229 sites naturels et mixtes du Patrimoine mondial sont emblématiques de la protection de l'environnement. Pour être inscrit à la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, chaque site doit être nominé par un gouvernement national et présenter une valeur universelle exceptionnelle : beauté naturelle, biodiversité, caractéristiques géologiques ou écologiques.

Ces sites incarnent la notion d'aire protégée par excellence : Il n'existe pas de plus haut niveau en terme de protection de l'environnement.

Selon l'UNESCO, où qu'ils se situent, « les sites du patrimoine mondial appartiennent à tous les peuples du monde » et constituent l'héritage partagé des générations présentes et futures.

 

Un nouveau rapport du WWF intitulé "Protéger les Hommes en préservant la Nature - Les sites naturels du patrimoine mondial comme moteurs du développement soutenable" alerte le public et les décideurs sur les menaces qui pèsent sur ces sites inscrits.

 

En sauvegardant de vastes aires d'habitat, plus de 279 millions d'hectares au total, les sites contribuent également au développement économique et social. S'ils sont gérés de manière soutenable, ils assurent aux communautés locales des moyens de subsistance pérennes et renforcent la résilience aux catastrophes naturelles et climatiques.

Quelques exemples de sites classés qui profitent aux communautés locales et à des régions plus étendues :

  • les Sundarbans (Bangladesh) font vivre plus de 300 000 individus qui y prélèvent bois d'œuvre, bois de chauffe, miel, cire d'abeille, viande et poisson.
  • Au Kenya, le lac Turkana subvient lui aussi aux besoins de plus de 300 000 personnes à travers la pêche et l'agriculture.
  • Au lac Malawi, il constitue le garde-manger de 40 000 individus dépendant directement de la pêche.
  • Le complexe forestier de Dong Phayayen-Khao Yai en Thaïlande, par exemple, est un bassin versant d'autant plus vital qu'il draine et alimente les cinq grands fleuves du pays.
  • Sur l'île caribéenne de la Dominique, le Parc national de Morne Trois Pitons fournit de son côté 60% de l'eau consommée par les communautés locales.
  • En République démocratique du Congo, l'exploitation des ressources halieutiques emploie 27 000 personnes dans le Parc national des Virunga.
  • La Grande Barrière de corail australienne a permis de créer 69 000 emplois via les activités touristiques, récréatives, halieutiques et de recherche.

Malheureusement, le rapport du WWF montre que plus de la moitié de ces sites sont menacés par la pression des activités humaines, alors qu'ils permettent à plus onze millions de personnes, l'équivalent de la population du Portugal, de se loger, se soigner et travailler.

Ces communautés locales souffrent autant que leur milieu de l'emprise de certaines activités industrielles à grande échelle.

En effet, en s'insérant dans des espaces naturels plus vastes, les sites naturels dépendent des régions qui les environnent, et en particulier de leurs zones tampons.

Or, les activités industrielles, exercées à grande échelle, empiètent sur ces aires protégées environnantes, au point de compromettre leur capacité à soutenir durablement les communautés locales. Entre autres activités néfastes, qui sont souvent le fait des entreprises multinationales et de leurs filiales, on peut citer :

  • l'exploration et l'extraction pétrolière et gazière (40 sites menacés) ;
  • l'exploitation minière (42 sites menacés) ;
  • l'exploitation forestière illégale (28 sites menacés) ;
  • la création de grandes infrastructures (37 sites menacés) ;
  • la surpêche (2 sites menacés) ;
  • et la surexploitation des ressources en eau (28 sites menacés).

La plupart du temps, ces activités menées par des entreprises multinationales et leurs filiales ont des répercussions durables, voire irréversibles : c'est le cas, entre autres, de l'extraction pétrolière et gazière réalisée avec des forages et des plateformes de grandes dimensions, de l'exploitation minière mécanisée à grande échelle, de l'exploitation forestière illégale, des grands projets d'infrastructures, de la surpêche pratiquée à l'aide de navires et d'équipements industriels, ou encore de la surexploitation des ressources en eau (mauvaises conception de barrages par exemple).

 

Bien que l'UNESCO ait appelé les acteurs des industries extractives à tenir compte de ces «zones interdites», de trop nombreux industriels font passer le business avant le respect de l'environnement et des Hommes.

Exemples de sites menacés :

 

Parmi les sites marins, le récif de Belize, qui comprend sept zones protégées et intégrées à la plus longue barrière de corail du continent américain, est considéré en péril depuis 2009. La construction de stations balnéaires et de logements et l'exploitation pétrolière en mer ont endommagé les écosystèmes d'une richesse exceptionnelle.

 

Les forêts tropicales humides de l'île de Sumatra (Indonésie) sont un exemple inquiétant. Le site comprend trois parcs nationaux abritant de vastes bassins hydrographiques qui fournissent de l'eau à des millions de personnes. Mais ces forêts sont menacées par l'exploitation forestière et des concessions (mines, pétrole, gaz), à ce stade non exploitées.

 

En Espagne, le parc national de la Donana, qui accueille chaque année des millions d'oiseaux migrateurs, a été victime en 1998 d'une vaste pollution par des déchets miniers (boues toxiques et eaux acides). En 2015, le gouvernement espagnol a de nouveau octroyé des droits d'extraction à une compagnie mexicaine (Grupo Mexico).

 

En Tanzanie, la réserve animalière de Selous fait face à plusieurs dangers: des activités minières et pétrolières de plus en plus nombreuses, la construction de routes et un projet de centrale hydroélectrique qui nécessiterait l'inondation de certaines zones.

Sur la base des recommandations du rapport, le WWF exhorte également les gouvernements nationaux à interdire toute activité industrielle pouvant avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle des sites du Patrimoine mondial. Ils doivent notamment soumettre les multinationales aux normes les plus strictes en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE).

 

Le WWF appelle également le secteur privé à prendre ses responsabilités : les entreprises doivent s'engager à ne plus exercer d'activité susceptible de dégrader les sites du Patrimoine mondial et les investisseurs à cesser de financer tout projet ou toute entreprise impliquant une activité de ce type.



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